Portrait : Muriel Gédéon, coordinatrice de tiers-lieu
Rencontre avec Muriel Gédéon, coordinatrice du tiers-lieu Autonomie Bofill’good, à Noisy-le-Grand. Elle nous parle de son parcours, de ce lieu pas comme les autres, des liens qui s’y tissent et de sa coopération avec le DAC 93 Sud.
« Pouvez-vous nous présenter votre parcours et ce qui vous a conduite à coordonner le tiers-lieu de Noisy-le-Grand ? »
Je suis présidente de l’association Votre Meilleure Amie, basée à Villemomble. Après la crise du Covid, nous avons relancé nos activités pour recréer du lien dans le quartier des Marnaudes, où l’isolement s’était beaucoup installé. Nous avons commencé par des animations en extérieur, puis développé un lieu convivial accueillant aussi bien les collégiens que les seniors, autour de petits-déjeuners, de temps d’échange et d’activités.
Lorsque la ville de Villemomble a souhaité créer un tiers-lieu, j’ai découvert que ce que nous faisions depuis plusieurs années correspondait déjà pleinement à cet esprit : accueillir, créer du lien et permettre aux habitants de se rencontrer et d’agir ensemble.
C’est dans ce contexte que j’ai découvert Bofill’good à Noisy-le-Grand en juin 2023, en venant y proposer des animations avec mon association. J’ai immédiatement eu un coup de cœur pour ce lieu, son potentiel et surtout sa dimension humaine. Ce qui devait être une première expérience dans l’univers des tiers-lieux est finalement devenu une formidable aventure, qui dure depuis trois ans.
« Quel est le rôle du tiers-lieu sur le territoire, et quelles actions vous tiennent particulièrement à cœur aujourd’hui ? »
Le tiers-lieu Autonomie a pour vocation d’aider les seniors à bien vieillir dans leur quartier et à rester autonomes chez eux le plus longtemps possible. Il permet aussi d’anticiper la retraite, le vieillissement et les éventuelles pertes d’autonomie, en donnant accès à des activités, à des informations et, surtout, à un lieu de proximité où chacun peut être accueilli.
À Bofill’good, on peut participer à un atelier, faire du yoga, mais aussi simplement venir boire un café, lire ou discuter. Et c’est certainement ce qui me tient le plus à cœur : les rencontres qui s’y créent. Je vois des personnes arriver seules ou isolées, puis créer progressivement des liens, devenir amies et commencer à sortir ensemble. Le tiers-lieu devient alors un véritable point d’ancrage dans le quartier.
Notre présence de proximité nous permet également de repérer des personnes particulièrement isolées ou éloignées des dispositifs existants. Grâce au travail avec les habitants et les partenaires du quartier, nous pouvons créer un premier lien puis, lorsque c’est nécessaire, les orienter vers les acteurs capables de les accompagner.
Pour moi, c’est toute la richesse du tiers-lieu : prévenir la perte d’autonomie, mais aussi faire en sorte que personne ne vieillisse seul.
« Comment envisagez-vous les coopérations avec les acteurs de la santé et du médico-social, et notamment avec le DAC 93 Sud ? »
La coopération avec le DAC 93 Sud est particulièrement importante pour nous, car elle permet de créer des passerelles entre le tiers-lieu, les habitants et les professionnels de la santé et du médico-social.
Nous utilisons notamment le guichet intégré pour orienter ou signaler des personnes âgées isolées qui ont besoin d’un accompagnement. Mais deux sujets me tiennent particulièrement à cœur.
Le premier est l’accompagnement des aidants. Beaucoup de personnes accompagnent quotidiennement un parent ou un proche malade ou en perte d’autonomie, sans même se reconnaître comme aidantes. Elles connaissent peu leurs droits, les dispositifs existants ou les solutions qui pourraient les soulager. Étant moi-même aidante, c’est un sujet auquel je suis particulièrement sensible et sur lequel je souhaite m’investir, notamment en partageant mon expérience et en contribuant à mieux informer et orienter les aidants.
Le second concerne Mon espace santé. Après avoir découvert cet outil, j’ai souhaité devenir ambassadrice afin d’aider les seniors, mais aussi plus largement les habitants, à mieux se l’approprier. Conserver et centraliser ses informations de santé peut faciliter son suivi et la continuité de son parcours de soins.
Le tiers-lieu peut justement jouer ce rôle de proximité : rendre accessibles des dispositifs qui peuvent sembler complexes ou trop numériques, rassurer, expliquer et accompagner concrètement les habitants dans leur utilisation.


