Portrait : cheffe de projet e-santé au quotidien

Rencontre avec Anne-Marie BACHMANN, cheffe de projet e-santé à l’association Parcours Santé 93 Sud. Elle nous raconte son métier, ce qui l’anime et les défis du numérique en santé sur le territoire.

« Concrètement, c’est quoi être cheffe de projet e-santé au
quotidien ? »

Les activités d’une cheffe de projet e-santé sont variées : une journée de travail ne ressemble pas à une autre. Comme cheffe de projet, il faut planifier les actions avec les partenaires, les réaliser, puis en faire le retour d’expérience.

Il faut être à la fois moteur et accompagnatrice, tout en composant avec les plannings mouvants des partenaires.

Être moteur, c’est solliciter les partenaires selon une stratégie discutée avec notre tutelle, l’ARS, le support régional SESAN et la CPAM. Le numérique en santé est rarement leur priorité : il faut trouver les arguments en rapport avec leur activité pour leur proposer l’outil qui sera la porte d’entrée dans la structure.

Accompagner, c’est la partie réalisation des actions. C’est par exemple :

•    mener un entretien, par une écoute active, auprès du partenaire potentiel pour identifier l’usage d’un outil – DMP, Messagerie Sécurisée de Santé, outil de coordination… – et lui proposer l’outil pertinent, celui qui répond à un besoin sous-jacent ;

•   présenter un outil à des professionnels, démonstration à la clé, comme pour Santélien ;

•   animer une conférence ou un stand Mon Espace Santé à destination du public ;

•   animer des réunions de travail sur l’avancement du projet propre à chaque structure, à chaque parcours… ;

•   animer une sensibilisation à l’intérêt des outils numériques dans un parcours patient, sous la forme d’un escape game : « Les fenêtres du temps ».

Et comme pour tout chef de projet, il y a des moments plus administratifs : des communications à réaliser auprès des collègues, de l’ARS, du SESAN et de la CPAM, des analyses, des bilans…

« Qu’est-ce qui t’anime le plus dans ce que tu fais – un moment, une rencontre, un petit déclic ? »

Comme pour mes collègues des autres activités de l’association, entre une sollicitation et la réalisation du plan d’action, il peut s’écouler dix-huit mois. Afin de respecter les objectifs de la feuille de route, il est donc nécessaire de multiplier les sollicitations et de mener les projets en parallèle. C’est un challenge stimulant.

Comme je multiplie les sollicitations auprès des acteurs du sanitaire, du médico-social et du social, je me renseigne. Lors de la rencontre, j’apprends énormément sur les activités, mais aussi sur les contraintes et les réalités du terrain. L’aspect relationnel prend une place importante, alors que la thématique est assez technique. La confiance doit se gagner, alors qu’il y a souvent de la défiance envers les outils numériques.

Mon challenge personnel est donc de m’adapter à chaque rencontre. Il semblerait que j’y parvienne. Le dernier exemple en date : une rencontre au printemps, avec une démonstration délicate de l’outil (mauvaise connexion) et un professionnel m’expliquant que le sujet n’était vraiment pas sa priorité, malgré les recommandations de sa tutelle. À ma grande surprise, j’ai été contactée pendant la période estivale pour un démarrage de l’usage de l’outil en octobre. Je révise donc mon planning pour proposer des réunions de travail d’accompagnement.

Je suis assez fière d’avoir réussi à convaincre les coordinateurs des Contrats Locaux de Santé (CLS) des villes d’intégrer des actions « numérique en santé », alors que la thématique n’était pas abordée dans leur CLS signé.

Présentation du dispositif Ambassadeur Mon Espace Santé.

« Si tu avais une baguette magique pour la santé numérique sur le territoire, tu changerais quoi en premier ? »

Ah, si j’avais une baguette magique pour le « numérique en santé » sur le territoire, je changerais… Bonne question ! Réflexion faite : si je devais faire disparaître la défiance, je n’aurais plus de challenge à relever et je risquerais de trouver le poste monotone.

J’aime les défis. J’en ai relevé de nombreux à chacun de mes postes, et c’est la diversité de ces défis, ainsi que les moyens mis en œuvre pour atteindre les objectifs, qui m’ont construite professionnellement.

Alors, la baguette magique, je la laisse à ma marraine la bonne fée, qui en fera bon usage.

« Et en dehors du boulot, qu’est-ce qui te fait vibrer ? Une passion, un loisir, quelque chose que peu de gens savent sur toi ? »

En dehors de mes activités professionnelles, et contrairement à l’idée que l’on pourrait se faire d’une cheffe de projet numérique en santé, je ne suis pas une geek ! Et mes proches préfèrent me voir vibrer dans d’autres activités plutôt qu’à travers des échanges virtuels…

Pour être pleinement opérationnelle dans mes activités professionnelles, je fais la distinction entre le pro et le perso. Vous n’en saurez pas plus !


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